Un bord de mer.
Il y a le sable, les vagues qui roulent doucement, et quelques rochers qui découpent la ligne du rivage. L’air est calme, le paysage tranquille.
Je marche sans but précis. Tout paraît familier, mais aussi un peu irréel, comme dans ces moments de rêve où le décor semble à la fois évident et mystérieux.
Je baisse les yeux et là, quelque chose me surprend. À hauteur de mes bras, comme posé exprès sur mon chemin, se trouve un visage. Pas un vrai visage, mais une forme sculptée dans le sable ou la pierre, je ne saurais dire…
C’est le visage d’un vieil homme, avec des traits marqués. Il y a quelque chose de digne et de figé, comme un masque ancien ou une idole oubliée. Je reste un moment à l’observer. C’est beau et étrange, et je me demande ce qu’il fait là, pourquoi il semble m’attendre
Puis une présence surgit. Elle vient de la mer, de ma droite, comme si l’océan me l’envoyait. Je la sens avant de la voir vraiment : puissante, imposante, pleine d’une force tranquille. Elle ne parle pas d’abord, mais je sens qu’elle sait ce qu’elle veut. Dans ses mains, elle porte un objet blanc, étrange. Ça ressemble à un couteau, mais pas vraiment. Ce n’est pas une arme, c’est autre chose : un outil rituel, lisse, lumineux, à la fois tranchant et doux.
Elle me le tend. Et dit d’une voix claire, presque autoritaire, mais sans dureté :
« Casse ce visage. Doucement. En petits morceaux. »
Je reste un instant immobile. Je regarde l’objet, puis le visage. J’hésite. Est-ce que je dois vraiment détruire cette figure ? Elle me paraît importante, presque sacrée. Et pourtant, la présence insiste, paisible mais ferme. Alors je prends le couteau blanc et je commence.
Je gratte, je fragmente, je réduis la figure. Pas de violence, pas de brutalité. C’est comme un rituel, un geste sacré. Le visage se défait morceau après morceau, jusqu’à ce qu’il n’en reste que des éclats. Je suis surpris de la douceur du geste…
Nous recueillons les fragments dans une boîte. Et c’est là que tout change. L’eau de mer s’infiltre, doucement, se mélange aux morceaux, filtre la matière. Ce qui était solide devient liquide. Les restes du visage se dissolvent et donnent naissance à un fluide vert, étrange, presque lumineux. Je le regarde, intrigué
Alors la présence me fixe dans les yeux et dit :
« Bois en un peu »
Boire ça ? Je ne sais pas ce que c’est. Mais je sens que ce n’est pas un poison : c’est une comme une médecine. Une essence. Comme si, en défaisant cette image figée, j’avais libéré quelque chose de vivant, et que maintenant il fallait en accueillir une part en moi…

Visage-masque immobile —
Mes mains tremblent puis s’apaisent
La mer me regarde
Couteau blanc
je défais sans détruire, rien
grain après grain, souffle
Une essence se révèle
Breuvage océan vert…