Drôles de Rêves — Virage serré

Sur petit vélo, guidon en avant, à fond.

Les pavés glissent sous mes roues, j’évite facilement les passants. Le vent souffle sur mon visage.

Les virages s’enchaînent naturellement, et il y a ce frisson léger, grisant, qui me traverse. Chaque geste est précis, chaque mouvement évident, comme si le monde lui-même m’accompagnait.

Un virage très serré, une belle descente en perpective, mais la rue se rétrécit sacrément ! Oups, des travaux, le passage est encore plus étroit ! Une dame qui promène son chien, j’esquive mais je prends le côté chantier. Tout s’accélére : des tas de graviers, du sable, des planches puis une barrière.  Ça ne passera pas. Je dois m’arrêter ; je mets pied à terre.

Pas de souci, je passe mon vélo par-dessus l’obstacle. Et hop, je m’apprête à sauter à mon tour mais je suis bizarrement gêné…

Je tiens dans ma main un très long bâton en bambou, tout fin, comme canne à pêche peut-être. Je sens en plus quelque chose qui tremble au bout et je ne vois pas ce que c’est.

Une hésitation… Comment faire ? Je me baisse, glisse la canne derrière la barrière et, sans la lâcher, je passe à mon tour, avec douceur.

De l’autre côté, au bout de la canne, je découvre un petit oiseau. Une boule de plume, un peu rouge, délicate. Un chien tenu en laisse lui tourne autour…  Ni une, ni deux, je prends l’oiseau dans mes mains et le serre contre moi. La maîtresse du chien fait la tête, contrariée.

Qu’importe, moi je me sens tout joyeux, plein d’une tendresse tranquille. Je remonte sur mon vélo.

Autour le monde continue mais le temps se ralentit. Les bruits se font murmures, la lumière se fait plus douce. L’oiseau devient guide silencieux. Il vole à mon côté, se pose sur le guidon ou sur mon épaule, respire avec moi.

Peu à peu, la ville s’éloigne. Les pavés cèdent la place aux chemins de terre et à l’herbe humide.
Ensemble, nous avançons. Les ruisseaux chantent, les feuilles frémissent, le sol vibre sous mes roues. Chaque geste est attentif, doux et paisible, chaque souffle pleinement vivant…



Descente douce —
le vent me guide
avant le tournant.

Ailes invisibles,
audace du cœur.

Un oiseau,
et tout s’apaise…