Drôles de Rêves — Traversées

Une grande étendue d’eau. Un lac, peut-être.
L’eau est calme, sombre par endroits, légèrement plissée ailleurs, à croire qu’elle respire lentement.

Je suis très haut au-dessus, comme sur un promontoire ou au sommet d’une montagne. Assez haut pour sentir l’air plus frais, plus clair.
Il n’y a pas de vent, ou alors juste ce qu’il faut pour me retenir.
Je sens le moment venu traverser alors…

Je m’élance.

Le corps sait faire. Je vole, je plane le plus tranquillement du monde. L’eau glisse en dessous, silencieuse.

Je me pose sur une berge au sol stable, sûr, accueillant.
Et soudain, je me souviens :
— Je ne suis pas seul ! 

Mes deux compagnons sont restés derrière, de l’autre côté. Je me retourne, lève le bras et fais un grand signe.
Pas d’urgence. Juste un appel simple, posé…

Au loin, une ombre approche, se rapproche, Quelque chose arrive, vient vers moi en volant.

Je réalise surpris que c’est une oie sauvage.
Elle descend lentement, ailes larges, sans effort visible. Puis elle se pose près de moi, dans un froissement discret de plumes.
Un bruit très doux, très précis, comme si l’air se repliait.
Elle est belle, magnifique :  des plumes marron profond, du noir net, du blanc lumineux. Des couleurs calmes.
Sa présence change quelque chose. L’espace devient plus dense, plus habité.
Je sens une chaleur légère, tranquille.
Un apaisement qui ne vient pas de moi.
Je me tiens immobile. Mon souffle ralentit.
Nous regardons dans la même direction, sans nous concerter. Elle est là.
Entièrement là.

Puis, apparaît haut, la silhouette d’un aigle. Très grand.

Il plane, comme suspendu dans l’air.
Lui, je le reconnais immédiatement. C’est mon ami, Grand Aigle.
Je le connais bien. Il est là comme un repère tranquille, une évidence ancienne.

L’oie, elle, est à mon côté. Nous échangeons un long regard entendu…



Eau immobile
Un signe dans l’air clair,
L’oie se pose
— Présence à mes côtés
Regards,

Grand Aigle veille