Drôles de Rêves — Lisières

Une demeure ancienne. Un château peut-être.
Mais pas un château fort. Un lieu habité par le temps.
Je visite. Il y a d’autres visiteurs.
Les pièces s’enchaînent, puis des escaliers.
Je monte.
Plus je monte, plus l’idée d’une vue s’installe en moi. Je me dis que là-haut, quelque chose doit s’ouvrir. Quelque chose de large, de dégagé.

Enfin j’arrive tout en haut. Mais l’espace est plus étroit comme une sorte de sommet.
Quelqu’un sort d’un recoin d’où une fine lumière filtre. Je m’approche à mon tour. Ce n’est pas une fenêtre.

C’est une meurtrière. Une ouverture très fine, presque timide. Un petit rectangle de monde. Je regarde quand même :

— Bof, oui, on voit dehors, mais à peine…

Une légère déception me traverse.
Bien, je comprends que ce n’est pas là.

Alors c’est parti, je redescends, vite, très vite avec une facilité surprenante. Je saute des marches. Je traverse les étages. Je passe par-dessus les obstacles. Le mouvement est fluide.

Et hop, je sors.

Le parc s’ouvre devant moi.
Je marche encore un peu, sans but précis.
Et puis j’arrive à l’orée de la forêt.

Là, quelque chose change. Mon souffle s’approfondit. Mon corps se détend.
Je ne cherche plus à voir.
Je ne cherche plus à comprendre.
Je suis là et cela suffit.
Je me sens bien…



Tout en haut,
un appel de lumière —
le monde en filigrane
Regard se serre.

À la lisière,
ni dedans ni dehors —
le vivant respire.