Je regarde par ma fenêtre.
Chez l’un de mes voisins, la terrasse s’étire sous la lumière douce du soir. Quelques lanternes, des rires, des verres qui s’entrechoquent, un peu de musique. Une soirée, un cocktail peut-être…
Et puis il apparaît. Présence pour le moins étrange :
Un tigre…
Orange vif, noir tranchant. Un peu fougueux, il se ballade, se faufile entre les invités, comme s’il appartenait à ce monde.
Intrigué, je descends et m’invite à la fête…
Un homme est là. Hindou. Grand. Vêtu de clair. Calme, droit. Le grand invité de la soirée, que de monde autour de lui ! Je me tiens un peu à distance, respectueux et curieux.
Il me paraît familier. Nos regards se croisent, se connaissent, se reconnaissent.
Mais le tigre retient mon attention, il s’approche de moi. A présent, c’est un tigre blanc et beige. Il se place à mes côtés. Silencieux.
Plus tard, un peu à l’écart, nous nous retrouvons seul, l’homme et moi.
Je lui dis ma joie de le voir ici sur Terre, et de sentir que bien d’autres sont venus en même temps que lui, en d’autres lieux…
Il acquiesce et sourit.
Je lui dis aussi ma fatigue, et que sa présence m’informe que ma mission est finie. Que d’autres peuvent prendre le relais. Qu’il va être temps pour moi de partir.
Il me fixe, surpris, et secoue la tête :
— Non. Pas encore, regarde…
Je suis le geste de ses bras :
À mes pieds, il y a une forme étrange… lovée.
Je reconnais un dragon.
Un dragon noir et blanc. Écailles fines, lumineuses. Il pulse, ses moustaches frémissent,
ses yeux m’observent. Profonds. Immenses. Sages.
Aucun bruit. Aucun mouvement inutile.
Juste là.
Mon corps se relâche.
Et mon souffle s’étire, long, tranquille.
Rien à tenir. Rien à prouver.
Quelque chose se dissout…

Tigre au crépuscule,
ses yeux frôlent le silence —
un curieux invité.
Dragon noir et blanc,
respiration du monde —
paix à mes côtés.
