Drôles de Rêves — Sur une page ouverte


J’ai un livre en main.
Un grand livre aux pages épaisses, un peu patinées, de ces albums que l’on ouvre lentement. Il n’y a pas d’histoire qui se déroule ou peut-être que si…

Je l’ai ouvert sur une image qui s’étend sur une double page. Je l’observe,  sûr que l’on pourrait presque y entrer tout entier.

C’est un littoral. La mer n’est pas loin, on la devine plus qu’on ne la voit. Des rochers occupent l’espace, irréguliers, légèrement humides, comme si la marée venait tout juste de se retirer.
L’air semble doux, iodé, tranquille.
On est à hauteur de sol, de sable.
Et là, au premier plan, un hérisson…

Un hérisson étonnamment présent. Finement dessiné. Chaque piquant semble vraiment exister.
Il est là.
Juste là. Avec un petit baluchon à l’épaule.

Je le montre à un de mes enfants.
— Regarde…
Je ne dis rien d’autre.
Comme si montrer suffisait, si voir ensemble était déjà toute l’histoire.

Puis quelque chose attire notre attention, juste à côté du hérisson.
Une petite forme claire. Allongée.

Je reconnais une petite girafe…

Puis nous rions car ce n’est pas une vraie girafe,  mais un jouet pour les très jeunes enfants. Quelque chose de familier, de rassurant.

Intrigués, nous regardons cependant de plus près.

Et sans surprise, une évidence se déplace, quelque chose se transforme…

Ce n’est pas une girafe.

C’est un gecko !

Un petit lézard jaune soleil, lumineux, vivant et immobile. Sa peau tachetée de brun nous semble chaude.
Il est là, à sa place, avec le hérisson tout près.
Très près.
Mais il n’y a pas de tension.

S’ignorent-ils ?

Ils ne semblent pas liés. Ils coexistent, cohabitent un instant sur ce litoral,

Et c’est tout.

L’océan reste derrière.

Les rochers continuent d’être des rochers.

L’image demeure ouverte, paisible, comme une page qu’on ne referme pas tout à fait…



Page grande ouverte —
Entre les rochers, un voyageur insolite.

Girafe en Lézard-Soleil respire,

Tout regarde avec nous…