Je suis dans mon jardin, debout près du portail et je regarde dans la rue.
C’est une ruelle pas très large; elle descend plutôt à pic.
Et là, sur le mur du voisin, juste en face, un mouvement attire mon regard.
— On dirait un animal…
Enfin, quelque chose qui ressemble à un animal.
Il est perché là, comme s’il s’apprêtait à sauter sur mon mur. Il hésite.
Je le regarde.
Il reste immobile, comme s’il attendait quelque chose.
Je ne sais pas exactement ce que c’est. Il ressemble à un singe, mais un singe assez petit. Pas un ouistiti, non. Quelque chose de plus grand, mais je n’arrive pas vraiment à définir sa forme.
Et soudain il se décide.
Il bondit.
Je le vois s’élancer mais presque aussitôt, il disparaît à mon regard.
Pendant un instant, je ne sais plus où il est.
La rue descend fortement à cet endroit. Je me demande s’il a bien calculé son mouvement. Peut-être a-t-il heurté mon mur, peut-être est-il tombé quelque part, hors de ma vue.
Je me fige…
Puis je sens que quelque chose bouge, là derrière. Très lentement deux petites mains s’accrochent au sommet du mur.
Il passe la tête.
Il est là.
Comme s’il avait toujours été là.
Il me regarde.
Il va bien.
Il est peut-être à quelques mètres de moi.
Il m’aperçoit et vient dans ma direction.
Mais…pas directement.
Il fait un détour par le jardin, entre les arbres et les bosquets de fleurs. Je le suis du regard, il accélère, se déplace de plus en plus vite. Il contourne un arbre et disparaît…
Je tourne la tête : à côté de moi, il y a un gros tas de branches, à croire qu’il y a eu une tempête.
Des bruits dans les branchages…
Et hop, il en sort et saute sur moi.
Bras grand ouvert…
Pour me faire un câlin.
C’est là que je vois vraiment ses mains.
De petites mains qui ressemblent tout à fait à des mains de primate.
Et son pelage est violet !
— Bizarre, je ne l’avais pas remarqué avant.
Mais pas un simple violet. Peut être plutôt un mauve, avec des reflets chatoyants qui changent légèrement lorsqu’il bouge.
Je le tiens contre moi.
Je lui demande s’il ne s’est pas fait mal en traversant le tas de branches.
Il me répond que non, que tout va bien.
Alors nous allons tranquillement vers la maison.
Il est temps de rentrer.

De par-dessus la rue, l’étrange bondit,
Branchages,
— Retrouvailles mauve‐câlin
