Je suis au bord de l’eau. Ou plutôt, sur une sorte de quai.
Tout est géométrique. Des blocs, des bâtiments rectangulaires, sans fenêtres ni portes apparentes.
Les constructions semblent avoir été posées là, simplement, sans qu’on sache vraiment à quoi elles servent.
Formes nettes, surfaces aux couleurs homogènes, angles droits.
L’eau est bleue, parcourue de reflets, un peu artificiels, mécaniques.
Au bord du quai se trouve une sorte d’immense cube.
Curieux, je me penche pour regarder dedans …
En fait, je suis devenu très grand, immense, et j’observe le cube d’en haut.
À l’intérieur, quatre compartiments délimitent quatre surfaces d’eau. Quatre carrés. Et dans chacun, une scène différente se déroule.
Une seule retient vraiment mon attention car je devine une tortue marine apparaître à la surface.
Je la regarde, puis je tends le bras vers elle.
Je dose mon mouvement, ma force et la manière d’approcher ma main. Il n’y pas de crainte entre nous. Ma main sait. Et la tortue sait que ma main sait.
Je caresse le sommet de sa tête. Le contact est agréable, pas de surprise particulière ni même d’étonnement C’est plutôt comme si je retrouvais une vieille connaissance que je saluais comme ça en passant.
D’ailleurs la tortue bientôt s’éloigne, disparait, mais revient. Je tends à nouveau la main. Nous sourions, notre rencontre devient une sorte de jeu…
Puis je reprends une taille classique et je me retrouve à nouveau sur le quai.
Je décide de longer le bord de l’eau, contourne un grand bâtiment, monte un escalier et arrive dans un vaste espace intérieur, quelque part entre une gare et un centre commercial : niveaux, coursives et escalators.
Il y a du passage, des gens. Je ne sais pas très bien ce qu’on fait ici. Le lieu m’est familier mais quelconque.
Je monte un escalier, puis un autre. Je sais que je cherche quelque chose, mais je ne saurais le formuler précisément.
Je regarde autour de moi. Les bâtiments, les escaliers, les passages se succèdent.
Je croise alors deux jeunes gens. Je les interrompts, ils ne sont pas très accueillants.
J’indique que je cherche…
— De l’eau, oui ! De l’eau vivante…
Cela me revient d’un seul coup. Pas celle du quai que je viens de quitter. Une autre. Un littoral, plus sauvage peut-être. Je sais qu’il existe quelque part.
Ils me regardent bizarrement. Ils ont quelque chose d’un peu agressif, pourtant je ne me sens pas menacé.
Je sors un téléphone de ma poche. L’écran affiche de petits carrés. Je choisis celle qui ressemble à un gps, l’icône évoque quelque chose de la tortue…
Je regarde l’écran. Je consulte une carte et je leur montre
— Là. Il y a de l’eau.
Les deux jeunes semblent s’adoucir. Leur attitude change, la tension disparaît.
De mon côté, maintenant je sais. Et je sais dans quelle direction aller.
Je range mon téléphone, redescends l’escalier et me remets en route avec une évidence tranquille :
— Je peux y aller à présent, c’est par là…

Quatre carrés d’eau bleue,
une tortue de passage…
Dans les escaliers,
L’océan attend
Quelque part.
